Periyachi Amman பெரியாச்சி (Pétiaye)

Pourquoi rapprocher Pétiaye et Periyachi Amman ?

Cet article part de l’hypothèse que la divinité réunionnaise Pétiaye est directement héritée de la déesse tamoule Periyachi Amman. En tamoul :

  • Petti (பேத்தி) signifie « les enfants, les petits » ;
  • Peria (பெரிய) signifie « grande, puissante ».

Dans la tradition créole tamoule, Pétiaye est la Mère Divine qui veille sur les enfants, les protège des maladies, des esprits errants et des malheurs. Dans la tradition indienne, Periyachi Amman est la déesse terrible mais protectrice des enfants, des femmes enceintes, et de l’accouchement.

Cette correspondance linguistique, symbolique et rituelle révèle une filiation spirituelle très forte : Pétiaye et Periyachi sont deux visages d’une même présence divine, adaptée au contexte de La Réunion.

Periyachi Amman : identité et symbolisme

Periyachi est un aspect farouche de la Mère Divine. Son visage n’est pas celui de la douceur, mais celui de la protection guerrière. Elle est associée à Kali, Karli, et plus largement aux déesses qui garantissent la justice, la naissance, la fertilité et la survie des enfants.

Ses représentations la montrent :

  • avec plusieurs bras,
  • tenant des armes,
  • maîtrisant un roi ou un démon placé sous ses pieds,
  • protégeant un enfant dans l’une de ses mains,
  • parfois entrain d’ouvrir le ventre d’une reine pour en extraire un bébé qu’elle protège de la destruction.

Elle appartient au groupe des Karval Deivam, les divinités-gardiennes qui patrouillent le monde, écartent les influences négatives et veillent sur les familles. Dans les traditions, elle est souvent associée à Jada Muneeswarar, un autre gardien farouche chargé de maintenir l’ordre dans le monde spirituel.

Les grandes légendes de Periyachi Amman

La légende royale de l’Empire Pandyan

Cette légende est la plus connue et explique l’iconographie violente de la déesse. On raconte qu’au temps de l’empire Pandyan, un roi nommé Vallalarajan Rajah avait reçu une prophétie : « Si ton enfant touche le sol à sa naissance, la Terre sera détruite. »

Lorsque la reine entra en travail, aucune sage-femme n’était disponible – les circonstances du palais faisaient que seule une femme du peuple, Periyachi, avait été trouvée pour assister l’accouchement.

Periyachi veilla à ce que l’enfant ne touche pas la terre une seule seconde. Grâce à elle, la naissance fut un succès. L’enfant fut sauvé et la prophétie évitée.

Mais lorsque Periyachi demanda la rétribution légitime de son service, le roi refusa, humiliant cette femme qu’il croyait simple mortelle. Il ignorait que Periyachi n’était pas une humaine ordinaire, mais une forme incarnée de la déesse farouche.

Alors elle se révéla. Dans une transformation terrifiante, ses bras se multiplièrent, son visage s’embrasa de puissance divine, et elle se jeta sur le couple royal :

  • Elle ouvrit le ventre de la reine pour empêcher qu’elle ne serve un rôle maléfique dans la prophétie.
  • Elle dévora les organes considérés comme impurs et porteurs de malédiction.
  • Elle terrassa le roi, symbole de l’arrogance et de l’injustice.
  • Et surtout, elle garda l’enfant dans sa main, hors de tout danger cosmique.

Cette image – la déesse tenant l’enfant d’une main et triomphant du roi et de la reine impurs – est devenue l’iconographie centrale de Periyachi Amman.

La légende de l’enfant oublié au temple

Une autre tradition raconte qu’un roi, une reine et leur jeune enfant se rendirent au temple tard dans la soirée. Ils accomplirent leurs prières et repartirent sans se rendre compte qu’ils avaient oublié le bébé dans le sanctuaire.

En chemin, ils réalisèrent l’impensable. Pris de panique, ils revinrent précipitamment au temple, alors que la nuit était tombée. Or, l’ouverture nocturne d’un temple est considérée comme un acte rituellement interdit, car les énergies nocturnes sont instables et les divinités protectrices entrent en phase de garde.

Le prêtre les supplia de laisser l’enfant sous la protection de la déesse jusqu’au lever du soleil : « La Mère veille sur lui, n’ouvrez pas les portes. » La reine, prise d’un amour maternel incontrôlable, refusa. Elle força l’ouverture des portes sacrées malgré les avertissements.

Dans l’obscurité du sanctuaire, la Déesse apparut sous sa forme la plus redoutable : sa colère n’était pas dirigée contre l’enfant, mais contre l’infraction spirituelle commise. La reine et le roi furent frappés de la justice divine. L’enfant, lui, fut protégé.

Cette légende rappelle que Periyachi est indulgente envers les innocents, mais intransigeante envers les fautes graves.

La légende historique de Periyachi, la sage-femme guerrière (vers 1400)

Cette légende, plus récente, donne une dimension humaine à la déesse. On raconte qu’au XIVe siècle, une femme du nom de Periyachi vivait dans un village proche de l’actuelle Chennai. Elle était :

  • maruthuvachi (doctoresse, guérisseuse, sage-femme),
  • experte dans les naissances difficiles,
  • capable également de se battre comme une guerrière.

Le roi Vallalan IV, déchu et en fuite, vivait caché dans la forêt avec son épouse enceinte. La reine, Kaarkuzhali, entra en travail dans des conditions dramatiques : en pleine nuit, en pleine jungle, poursuivie par des ennemis.

On fit venir Periyachi de force. Elle accoucha la reine dans la forêt, sur ses genoux, en pratiquant ce que l’on pourrait appeler une césarienne traditionnelle. Elle protégea l’enfant de toute souillure terrestre, conformément aux croyances astrologiques du roi.

Mais Vallalan, guidé par un astrologue cruel, avait prévu de tuer le bébé pour échapper à une prophétie. Il devait également tuer tous ceux qui avaient touché l’enfant. Lorsque le roi leva son épée contre elle, Periyachi entra dans un état de colère sacrée.

Elle se battit comme une déesse incarnée :

  • elle transperça le cœur du roi avec une lance improvisée,
  • écrasa son corps sous ses pieds,
  • se retourna contre la reine qui avait tenté d’aider son mari dans l’acte meurtrier,
  • dévora les organes considérés comme porteurs d’une énergie néfaste.

Puis, calmée, elle prit le bébé dans ses bras. Elle l’adopta comme son propre enfant et le nomma Seeralan.

Un mémorial fut construit en son honneur vers 1475, devenu le premier sanctuaire dédié à Periyachi Amman.

Pratiques religieuses traditionnelles autour de Periyachi

Les femmes s’adressent à Periyachi dans quatre grandes situations :

  • le désir d’enfant, la grossesse, la naissance et la guérison des enfants malades.
  • Un culte très particulier est lié à la grossesse :
  • repas offerts au temple,
  • don de saris noirs,
  • rituels de protection contre le mauvais œil,
  • présentation du bébé 7 jours après la naissance,
  • guérisons spirituelles par transe du kodangi.

Des cérémonies précises sont réalisées au 3e mois, au 7e mois, après le premier mois, puis durant 12 dimanches pour les couples sans descendance.

Le culte de Periyachi en Inde

Periyachi est honorée dans les mois tamouls Aadi et Thai, avec des offrandes de viandes rituelles, de repas sacrés et des prières spéciales. Avant la marche sur le feu du festival Thimithi, les fidèles lui demandent sa protection pour éviter les accidents spirituels.

Rituels domestiques et traditions familiales

Certaines femmes pratiquent un culte à la maison après l’accouchement :

  • préparation de viandes rituelles,
  • feu sacré,
  • salle réservée aux femmes,
  • dépôt final des offrandes à un carrefour de trois routes.

Le culte à La Réunion : Pétiaye, héritage vivant de Periyachi

À La Réunion, Pétiaye est honorée principalement après la naissance d’un enfant, lors du rituel du Service poule noire. Ce rite est profondément enraciné dans la mémoire des engagés tamouls :

  • hommage à Ganesh le matin,
  • sacrifice de la poule noire dans un cabalon en terre,
  • offrandes d’alcool, cigarettes, morue grillée, bonbons piment,
  • repas familial rituel le midi,
  • plats en nombre impair,
  • invocation de Sri Periyachi Amman.

Ce rituel, transmis depuis le XIXe siècle, version créole des traditions tamoules, représente la continuité directe du culte protecteur de Periyachi.

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Tout montre que Pétiaye est la forme réunionnaise, créolisée et adaptée, de Periyachi Amman. Même mission, même fonction, mêmes rituels essentiels, même énergie de protection des enfants. Pétiaye n’est pas une divinité différente : elle est la mémoire vivante de Periyachi, transformée par l’histoire réunionnaise.

Mantra de protection pour les enfants

  • ஓம் ஸ்ரீ பெரியாச்சி அம்மன் தலைவே காப்பாய் நமஹா
  • Om Sri Periyachi Amman Thalevē Kāppāy Namaha
  • « Om, salutations à la Grande Mère Periyachi, toi qui protèges nos enfants, veille sur nous. »

Ce mantra est récité pour la protection des bébés, la prévention des maladies, l’éloignement des esprits, et la sécurité familiale.

Mantra d’invocation et de force

  • ஓம் ஐம் ஹ்ரீம் க்ளீம் பெரியாச்சி அம்மன் போத்தி போத்தி
  • Om Aim Hrīm Klīm Periyachi Amman Pōthi Pōthi
  • « Om, Énergie, Sagesse et Force, gloire à la Mère Periyachi, que ta puissance se manifeste ici. »

Le triplet Aim–Hrīm–Klīm représente :

  • Aim : la Mère et la connaissance,
  • Hrim : la protection et la pureté,
  • Klim : la force et la victoire sur le mal.

COMORASSAMY Patrice ©

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27 réflexions sur “Periyachi Amman பெரியாச்சி (Pétiaye)

    1. je respect toutes les religions!! mais ma famille m’a laisser de mauvais souvenir que je ne sais plus ou j’en suis!!ma fille depuis l’age de 5 ans en soufre en voyant une femme sous une carpe noir qu’est ce que cela signifie?vu que nous les enfant ne mène pas cette religion!moi j’étais présent à certains cérémonie tamoul et sutout quand ma mère était encore de ce monde!mais je n’ai jamais demander quoique ce soit!je n’ai jamais suivi aucune religion car mon désir c’est seulement DIEU c’est comme cela que je prie à l’interieur de moi et souvent vers le soleil mais pourquoi on vit ceci surtout plus ma fille svp accorder moi une réponse de votre part

  1. ta u la benediction de DIEU je tadmir continu a partager ta connaissance tu sera reconpancé si c pa fai dja sinon dan ta prochaine vie pour le colcoter c simple met le riz tranper 2h tem o moin pui metre dans un torchon bien pre c et mix c melan g avec du noi coco rapé du sucre faire ds galette ovale entouré ds morceau de feuille figue et metre o bain marée

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