Mariamman மாரியம்மன் (Marliémen)

Sri Mariamman – La Grande Déesse-Mère du Tamil Nadu et de la Diaspora

La Déesse Mari (en tamoul மாரி, prononcé Māri) est largement connue à l’île de la Réunion sous le nom de Mariamman, Marlémen ou Marlyamen, ce qui signifie littéralement « Mère Mari ». Le terme « Mari » est également une forme abrégée de Kaumari, qui renvoie à la notion de pureté et virginité en tamoul.

Dans la tradition hindoue, Mariamman est vénérée comme la déesse de la pluie, de la fécondité, de la prospérité agricole, mais aussi comme la protectrice contre les maladies éruptives, en particulier la variole à l’époque ancienne. Elle est considérée comme celle qui guérit, prévient ou retire les maladies dites fiévreuses et toutes formes d’éruptions cutanées.

De nombreuses familles la prient pour obtenir la naissance d’enfants en bonne santé, pour l’harmonie dans le couple, ou encore pour la protection du foyer.


Symbolisme et significations

Le mot tamoul « Muthu » signifie perle. Dans les anciennes traditions poétiques dravidiennes, l’expression « Muthu Maari » évoquait la pluie tombant en petites gouttes scintillantes, comparée à des perles offertes par les divinités de la nature. C’est ainsi que la Déesse fut appelée Muthu Mariamman, la « Mère-perle qui apporte la pluie féconde ».

Dans de nombreuses traditions du sud de l’Inde, Mariamman est aussi perçue comme une incarnation bienveillante de la Déesse Kali, chargée de purifier, équilibrer, protéger et guérir.

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Iconographie

Mariamman est généralement représentée :

  • tenant un trident (trishula) dans une main, symbolisant Shiva et la destruction des forces négatives,

  • portant un bol rituel (kapala) dans l’autre,

  • affichant un abhaya-mudra, geste de protection et de courage,

  • vêtue de couleurs chaudes, souvent rouge, jaune ou blanc,

  • associée à des guirlandes de citron, des feuilles de margousier (neem) et des fleurs rouges.

Ces éléments incarnent la guérison, la purification, la maîtrise des maladies et la fertilité de la terre.


Culte et traditions

Le culte de Mariamman est profondément dravidien, antérieur à l’arrivée des Aryens en Inde. Les rituels sont souvent non-védiques, fondés sur les traditions populaires rurales.

Elle est la principale déesse-mère du Tamil Nadu, du Karnataka et de l’Andhra Pradesh. On la retrouve aussi énormément dans la diaspora tamoule : Réunion, Maurice, Malaisie, Singapour, Afrique du Sud, Fidji, Guyane, Vietnam, etc.

Dans les grands temples comme Samayapuram Mariamman (près de Tiruchirappalli), des prêtres brahmanes peuvent officier. Mais dans la majorité des sanctuaires, les rituels sont célébrés par des prêtres non-brahmanes, suivant la tradition ancestrale du village.

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La relation avec Vishnu et l’héritage sacré

Selon certaines traditions vaishnavites, Mariamman est considérée comme la sœur du Seigneur Vishnu, connue sous le nom de Mahamaya. À Srirangam, elle est adorée par les communautés Iyengar et Srivaishnava, qui la prient le premier jour du mois tamoul.

D’autres traditions la désignent comme la mère du Sage Parasurama, sixième avatar de Vishnu.
Elle est aussi honorée comme Sri Chowdeshwari Devi au Karnataka, où elle incarne la justice, la pureté et la protection du dharma.


Apparitions et formes populaires

De nombreux récits populaires rapportent que Mariamman se manifeste sous l’apparence :

  • d’une vieille femme sage,
  • vêtue d’un sari rouge,
  • portant des bracelets verts,
  • parée de trois mangalsutras.

Elle est aussi appelée Pattalamma, Déesse de la véracité, de la punctualité et de l’éthique morale. Elle protège les villages, sanctionne les mensonges et veille au respect des rites.

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Origine du nom « Mariamman »

Une explication traditionnelle, rapportée dans des sources populaires (dont l’analyse reprise sur shrihari.me), relie Mariamman à l’histoire de Renuka Devi, mère de Parasurama.
Dans certaines versions, deux femmes furent décapitées, puis ressuscitées avec les têtes interverties : elles seraient devenues les deux idoles principales du temple de Samayapuram, connues sous le nom de « Mugam Mari Amman » (la Déesse au visage échangé).
Avec le temps, cette appellation est devenue « Maha Mayi Amman », la Grande Mère Mari.


Grandes légendes associées à Mariamman

Légende de la femme de Tiruvalluvar

Selon une tradition tamoule, Mariamman serait l’épouse du grand poète Tiruvalluvar, qui contracta la variole et se soigna seule grâce aux feuilles de neem, connues pour éloigner les insectes et purifier les infections.
Ayant vaincu la maladie, elle devint la Déesse protectrice contre ces fléaux.
C’est de cette tradition qu’est née l’usage, encore très répandu, d’accrocher des feuilles de neem au-dessus des portes pour éloigner la maladie.


Légende de Nagavali

Une autre légende raconte l’histoire de Nagavali, épouse d’un des neuf Rishis.
La Trimurti (Brahma, Vishnu, Shiva) vint éprouver sa vertu en se présentant sous forme d’enfants.
Ne reconnaissant pas les Divins, elle les repoussa : elle fut alors maudite par la Trimurti, son visage se couvrit de variole et son destin fut scellé.
Devenue Déesse, elle incarna la puissance de guérison et la maîtrise des maladies éruptives.

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Culte en Inde

Le culte de Mariamman est ancien et très vivant dans les régions rurales.
Les grandes fêtes dédiées à la déesse se déroulent pendant le mois tamoul de Aadi, période de transition climatique où l’on prie pour les pluies.

Les célébrations incluent :

  • Aadi Thiruvizha, grande fête populaire dans tout le Tamil Nadu,

  • offrandes traditionnelles : Pongal, Koozh, préparés dans des pots en terre,

  • danses folkloriques,

  • rituels de marche sur le feu (Theemithi),

  • anciens sacrifices symboliques d’animaux (désormais remplacés par des offrandes rituelles).

Dans les sanctuaires ruraux, la Déesse est parfois représentée par une pierre pointue (symbolisant une lance), décorée de citrons verts, de fleurs rouges et entourée de fourmilières, lieux sacrés associés au cobra.
Le lait et les œufs sont offerts pour apaiser le serpent divin.


Culte à l’île de la Réunion

À l’île de la Réunion, Mariamman occupe une place majeure au sein de la religion tamoule.

On y retrouve :

  • de nombreuses célébrations du Theemithi, la marche sur le feu,

  • des fêtes en 10 jours avec procession finale et offrandes de safran, lait, miel,

  • dans les temples familiaux, la conservation des anciennes traditions :
    sacrifices de coqs ou de chèvres,
    prières communautaires,
    offrandes aux couleurs jaune et blanc, symboles de pureté et lumière.

La Déesse y est honorée comme protectrice des familles, guérisseuse et mère compatissante.

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Mantras 

ॐ श्री मारियम्‍मनॆ नमः
Om Shri Mariyammane Namaha
(« Hommage à la Déesse Mariamman, Mère protectrice et guérisseuse. »)

ॐ शक्ति मारि अम्मन पद्मे नमः
Om Shakti Mari Amman Padme Namaha
(« Ô Puissante Mère Mariamman, je m’incline à Tes pieds de lotus. »)

COMORASSAMY Patrice ©

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