Pandiali, Panchami, Pandialé, Drolvédé
La déesse Panchali Amman, également appelée Pandiali, Panchami (celle qui a cinq maris : Pancha signifiant cinq), est plus connue à La Réunion sous les noms de Draupadi Amman, Pandialé ou Drolvédé. Elle est la figure féminine centrale du Mahābhārata, la grande épopée de l’hindouisme, et incarne à la fois la droiture (dharma), la fidélité, la force morale et la justice divine.
Son culte est très présent en Inde du Sud, notamment au Tamil Nadu, en Andhra Pradesh et au Karnataka, mais aussi au Sri Lanka, à Singapour, à l’île Maurice et à l’île de La Réunion, où elle occupe une place majeure dans la tradition religieuse tamoule.
Vénérée comme une divinité villageoise, elle est classée parmi les Karavel Deivam ou Grama Devata, protectrices des communautés. Une tradition populaire rapporte que Draupadi Amman est une incarnation de la déesse Kali, manifestée pour assister le Seigneur Krishna, avatar de Vishnou, dans la destruction des rois arrogants et injustes de l’Inde ancienne.

Naissance sacrée de Draupadi
Draupadi apparaît dans le Livre I du Mahābhārata comme la fille du roi Draupada, souverain du royaume de Panchala. Désireux d’obtenir un fils capable de venger l’humiliation infligée par le maître d’armes Drona, Draupada organise un Yajna, un grand sacrifice védique destiné à invoquer les dieux.
Alors que le feu sacrificiel est alimenté par le ghee, deux êtres surgissent des flammes :
– Drishtadyumna, le fils tant attendu
– une jeune fille d’une beauté éclatante, à la peau sombre, aux yeux profonds semblables à des lotus et aux longs cheveux aux reflets bleutés
Cette jeune fille reçoit plusieurs noms :
Draupadi, fille de Draupada
Yajnaseni, celle qui est née du sacrifice
Nityayauvani, l’éternellement jeune
Selon une autre tradition, Draupadi serait née du feu sacré comme Agni Jyotsna, fille du dieu Agni et de Swaha, avant d’être adoptée par le roi Draupada, qui lui donna le nom de Draupadi.
Le Svayamvara et le mariage aux cinq Pandavas
Afin de marier sa fille, le roi Draupada organise un Svayamvara, une cérémonie au cours de laquelle les princes et guerriers sont invités à concourir pour obtenir la main de la princesse. Suivant les conseils de Krishna, Draupada espère ainsi attirer Arjuna, qu’il pressent encore vivant malgré l’incendie de Lakshagriha.
Une épreuve d’adresse est ajoutée : percer l’œil d’un poisson en mouvement, fixé sur une roue tournant à grande vitesse, en visant uniquement son reflet. Aucun roi ne parvient à relever le défi. Karna, allié des Kaurava, est publiquement rejeté par Draupadi, qui refuse qu’un homme de basse caste participe à l’épreuve.
Déguisé en brahmane, Arjuna réussit l’exploit en utilisant les flèches abandonnées. Reconnaissant la victoire, Draupadi lui est accordée. Un combat éclate alors entre les Pandavas et les Kaurava, se soldant par la victoire des cinq frères.
Lorsque les Pandavas rentrent chez eux et annoncent à leur mère Kunti qu’ils rapportent un « cadeau », celle-ci leur ordonne, sans voir de quoi il s’agit, de le partager entre eux. Cette parole scelle le destin de Draupadi, qui devient l’épouse des cinq Pandavas :
Yudhishthira, Bhima, Arjuna, Nakula et Sahadeva
Le sage Vyasa légitime cette union exceptionnelle, et le prêtre Dhaumya célèbre les mariages. Draupadi devient reine d’un palais somptueux bâti par Maya, l’architecte divin.
Pour prouver sa pureté, Draupadi devait marcher sur le feu à chaque changement d’époux, ressortant toujours indemne, affirmant ainsi sa chasteté divine.

Le jeu de dés et l’humiliation sacrée
Dans le Livre II du Mahābhārata, les Kaurava organisent un jeu de dés truqué pour dépouiller les Pandavas. Yudhishthira, piégé par Shakuni, perd successivement son royaume, ses biens, ses frères, puis lui-même. Finalement, Draupadi est engagée dans le jeu et perdue.
Traînée de force dans l’assemblée, on tente de la dévêtir publiquement. Draupadi invoque alors le Dharma, et par la grâce divine, son sari devient infini : chaque étoffe retirée est remplacée par une autre. Les Kaurava échouent dans leur tentative d’humiliation.
Cet acte scelle le destin de la guerre à venir. Les Pandavas jurent vengeance. Le roi Dhritarashtra impose finalement un exil de douze années pour apaiser la situation.

L’exil, la guerre et l’accomplissement du destin
Draupadi suit ses époux dans la forêt durant l’exil. À l’issue de cette période éclate la grande guerre du Mahābhārata, au cours de laquelle les Kaurava sont vaincus. Les Pandavas règnent sur Hastināpura, et Draupadi devient reine.
La victoire est cependant marquée par d’immenses pertes. Draupadi perd ses cinq fils :
Prativindhya, Shrutasoma, Shrutakirti, Shatanika et Shrutakarman, ainsi que son père et son frère.
À la fin de leur règne, les Pandavas entreprennent leur ultime pèlerinage vers le mont Meru. Draupadi les accompagne. Le Mahābhārata révèle alors qu’elle était une incarnation de la déesse Shri (Lakshmi), déesse de la prospérité et de la pureté.

Le culte de Draupadi Amman et le Theemithi
En Inde du Sud, le culte de Draupadi Amman est profondément enraciné dans les villages. On compte environ 400 temples qui lui sont dédiés. Le rituel central de son culte est le Theemithi, la marche sur le feu.
À La Réunion, de nombreux temples perpétuent cette tradition. Chaque année, des centaines de fidèles traversent le brasier en invoquant Draupadi Amman. La marche sur le feu symbolise la foi, la purification, la fidélité et la victoire du dharma sur l’injustice.
Les pénitents observent un carême de dix-huit jours, marqué par des interdits alimentaires, la chasteté, la prière et la discipline spirituelle. Durant cette période, l’histoire de Draupadi est rejouée sous forme de théâtre religieux (Bal Tamoul), de récits et de rituels, retraçant son mariage, ses épreuves et sa glorification.

Mantras dédiés à Draupadi Amman
Mantra 1
Om Shri Draupadi Amman Namaha
Mantra 2
Om Panchali Deviyei Namaha
COMORASSAMY Patrice ©