Aravan / அரவான் (Alvan)

Iravan, Aravan, Eravan, habituellement appelé à l’île de La Réunion « Alvan », est également connu sous le nom de « Iravat ». En Indonésie, on le trouve orthographié « Irawan ». On pense que son nom est dérivé du mot « Aravu » qui signifie « serpent », et cette association aux serpents apparaît clairement dans son iconographie. Il fait partie des personnages de la grande épopée indienne, le Mahabharata.

Son culte est originaire de l’Inde du Sud. Aravan (tamoul : அரவான்) est considéré comme faisant partie des « dieux de village », les Karvel Deïvam. Dans l’épopée, Aravan est le fils du héros Arjuna et de la princesse naga Ulupi. Il meurt héroïquement pendant la guerre de Kurukshetra, épisode central du Mahabharata.

On rappelle que le Mahabharata est l’une des deux grandes épopées sanskrites de l’Inde ancienne, l’autre étant le Ramayana. En plus du récit épique de la guerre de Kurukshetra et du destin des Kauravas et des Pandavas, le Mahabharata développe une profonde réflexion philosophique sur les quatre buts de la vie : le Dharma (l’action juste), l’Artha (les buts et moyens matériels), le Kama (le plaisir, les désirs) et le Moksha (la libération).

Histoires et culte d’Aravan (Kuttantavar)

Dans la dévotion populaire, on parle souvent du culte de « Kuttantavar », où Aravan est le dieu central. Dans ce contexte, Aravan est connu sous le nom de Kuttantavar, figure issue d’une légende où il vainc le démon Kuttacuran. La plupart des dévots de Kuttantavar vivent dans les districts du Tamil Nadu, en Inde du Sud.

Son temple principal se trouve à Koovagam, dans le Tamil Nadu. C’est là que se déroule chaque année un grand festival au cours duquel on célèbre le mariage d’Aravan avec Mohini, puis son veuvage et le deuil après le sacrifice d’Aravan.

Plusieurs versions de l’histoire d’Aravan existent. Dans la version sanskrite principale du Mahabharata, il est tué au cours de la 18ᵉ journée de la guerre. Dans les versions tamoules populaires, sa mort est liée à un rituel de sacrifice offert à la déesse Kali pendant cette même guerre.

Le rituel de sacrifice à Kali

Dans la version répandue dans le culte d’Alvan, la mort d’Aravan est liée à un grand sacrifice en l’honneur de la déesse Kali, afin d’assurer la victoire de sa famille, les Pandavas. En échange de son sacrifice, il obtient le droit d’exaucer son souhait de se marier. Une règle rituelle veut qu’un homme marié soit incinéré, alors que les célibataires sont enterrés.

Aucune femme ne souhaitant devenir veuve dès le lendemain, Krishna accepte de satisfaire ce vœu en prenant une forme féminine : Mohini. Il se présente donc sous l’aspect d’une femme d’une beauté parfaite et épouse Aravan pour une nuit.

Le récit décrit ainsi cette scène : Krishna conduit Aravan au palais. En présence des Pandavas et de quelques proches, Krishna se transforme en Mohini, beauté si éclatante que même Shiva en fut jadis fasciné. Mohini épouse Aravan suivant les rites, lui accordant la joie d’être marié. La nuit de noces se déroule, mais déjà l’aube annonce le jour de la grande bataille.

Sur le champ de Kurukshetra, Aravan se tient au centre du champ de bataille. Pour nourrir Kali, il arrache la peau de ses bras et l’offre à la déesse. Kali, assoiffée de sang, se repaît de son offrande et accorde sa bénédiction aux Pandavas. Pendant les dix-huit jours de la guerre, Aravan maintient la satisfaction de Kali en coupant et en offrant symboliquement trente-deux parties de son propre corps.

Le dernier jour, Aravan prend la forme cosmique de Vishwaroopa. Sa tête devient comme un bloc de pierre gigantesque, et, roulant sur les forces ennemies, il écrase des millions de guerriers. La guerre se termine par la victoire des Pandavas, mais Aravan gît seul, morcelé sur le champ de Kurukshetra.

Alors que sa vie se retire de son corps, il entend le cri perçant d’une femme. Il voit Krishna sous la forme de Mohini, se frappant la poitrine, se lamentant comme une veuve éplorée. Cette vision de sa « femme » en deuil lui offre la consolation ultime. Son esprit quitte alors le monde des hommes pour rejoindre les héros immortels.

Le culte de Draupadi et la tête d’Aravan

Dans le culte de Draupadi, Krishna permet à Aravan d’assister à toute la durée de la guerre à travers les yeux de sa tête coupée. Lors des fêtes consacrées à Draupadi, la tête d’Aravan est hissée sur un poteau pour « voir » la reconstitution rituelle de la guerre.

La tête d’Aravan est un motif central dans les temples dédiés à Draupadi. Il peut s’agir d’une statue en bois portable ou d’une icône ayant son propre sanctuaire dans le temple. On la place parfois sur les toits pour protéger le lieu des esprits malveillants.

Aravan est adoré sous la forme de sa tête coupée. On dit qu’il peut guérir certaines maladies, protéger contre les mauvais esprits et favoriser la grossesse chez les femmes en désir d’enfant.

La légende raconte que la tête d’Aravan fut coupée lors d’un combat contre le démon Alambusha, fils de Rishyasringa, pendant la guerre du Mahabharata. Aravan et son adversaire y utilisent l’illusion dans le combat. Aravan prend la forme du serpent Shesha (Ananta) et se protège au milieu d’une armée de serpents. Alambusha prend la forme de Garuda (l’homme-aigle), ennemi éternel des serpents, et dévore l’armée de serpents avant de trancher la tête d’Aravan.

Dans une autre version, Krishna conseille à Aravan de prier le Naga Adi-Shesha, qui s’enroule autour de lui, devient sa « chair » et restaure son corps. Pour honorer cette faveur, Krishna organise pour Aravan une mort héroïque en choisissant un adversaire à sa mesure : Alambusha. Par la voix céleste ou l’intervention de Garuda, les serpents sont forcés de se disperser et l’issue fatale du combat est scellée : la décapitation d’Aravan, qui ouvre la voie à sa gloire éternelle.

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Iconographie et représentations

Aravan est adoré dans les temples sous la forme de sa tête coupée. L’iconographie le représente généralement avec :

  • une moustache marquée,
  • de grands yeux ouverts,
  • des oreilles prononcées,
  • un capuchon de cobra sur sa couronne, rappelant son lien avec les Nagas et le symbole du serpent.

Une autre caractéristique fréquente est la présence de canines accentuées, donnant à son visage un aspect à la fois héroïque et légèrement démoniaque.

Dans les images liées au culte de Draupadi, l’aspect sauvage et guerrier d’Aravan est souvent mis en avant. Certaines peintures montrent le moment du sacrifice : Aravan s’inclinant devant Kali, prêt à être décapité, ou bien en train de tenir lui-même son épée, offrant sa tête coupée à la déesse.

Dans les interprétations modernes, la tête d’Aravan ne symbolise pas seulement le sacrifice de soi, mais aussi la régénération et la continuité : même après sa mort, il voit la guerre, il continue d’agir, il protège, il exauce les vœux.

Festivals et cultes : Patukalam et Koovagam

Les dévots de Draupadi commémorent la guerre du Mahabharata dans un festival annuel appelé « Patukalam ». Il commence souvent par une représentation dramatique (kuttu) rejouant le mariage de Draupadi. Durant ce festival, l’acteur qui incarne Draupadi, accompagné d’autres femmes, pleure rituellement la mort d’Aravan et des autres héros, dans des chants et lamentations rituels.

La durée du festival et le jour consacré à la scène du « kalappali » (le sacrifice d’Aravan) peuvent varier selon les régions et les temples. Mais partout où ce rituel a lieu, l’espace rituel est considéré symboliquement comme le champ de Kurukshetra.

À Singapour, ce type de kuttu est parfois joué le jour de la nouvelle lune du mois tamoul de Purattasi (septembre–octobre), témoignant de la diffusion du culte et de sa capacité à s’adapter aux diasporas tamoules.

À Koovagam, le festival de Kuttantavar/Aravan est particulièrement célèbre. Des milliers de dévots, et surtout de personnes transgenres (souvent appelées Aravanis), viennent participer au mariage rituel avec Aravan. Elles portent le sari, reçoivent du prêtre le thali (cordon nuptial) en tant qu’épouses d’Aravan. Le lendemain, dans un rituel de deuil, elles cassent leurs bracelets, retirent leur thali et se vêtent de blanc, exprimant le veuvage et la douleur de la perte.

Pour beaucoup d’Aravanis, ce festival est un moment central de l’année : il offre reconnaissance, visibilité et espace sacré pour leur identité. La figure d’Aravan devient le pont entre mythe et réalité sociale, entre spiritualité et affirmation de soi.

Culte à Tindivanam

À Tindivanam et dans d’autres villages, on trouve des rituels très particuliers en l’honneur d’Aravan. Une représentation en argile sans tête est façonnée, et l’on modèle un corps en bambou, dans une posture héroïque : Aravan est à genoux sur le genou gauche, tenant un arc.

Le prêtre officie avec une épée pour marquer symboliquement la séparation de la tête et du corps. Une citrouille est alors tranchée en trente-deux morceaux, rappelant les trente-deux parties du corps sacrifié d’Aravan.

Le sang d’une chèvre sacrifiée est versé sur le drap blanc qui recouvre le corps symbolique. Le riz imbibé de ce sang est ensuite répandu sur le visage d’Aravan. Les dévots du culte de Kuttantavar estiment que manger ce riz consacré peut favoriser la grossesse chez les femmes qui désirent un enfant.

Dimension spirituelle et symbolique d’Aravan

Aravan est une figure du sacrifice total : il accepte de donner son corps, son avenir, sa vie conjugale pour que le Dharma triomphe à Kurukshetra. Son sacrifice est aussi lié à la déesse Kali, énergie de destruction et de transformation.

Sa tête coupée, qui continue de voir, est un symbole puissant :

  • elle rappelle que la conscience dépasse les limites du corps,
  • elle exprime l’idée que le regard du héros, son courage, sa fidélité au Dharma demeurent même après la mort,
  • elle renvoie aussi à la régénération et à la protection permanente offerte aux dévots.

À La Réunion, sous le nom d’« Alvan », il est souvent invoqué comme protecteur, justicier et soutien dans les combats de la vie quotidienne, notamment pour surmonter les épreuves, les injustices et les blocages.

Deux mantras pour Aravan / Alvan

Ces mantras peuvent être récités avec respect, une intention pure et, si possible, une petite offrande (bougie, camphre, fleurs, eau) :

Mantra 1 – Salutation simple à Iravan

ॐ ईरावणे नमः

Om Īrāvaṇe Namaḥ

« Je salue Iravan, le héros sacrifié, protecteur de ses dévots. »

Mantra 2 – Invocation du héros de Kurukshetra

ॐ कुरुक्षेत्रवीराय अरवणाय नमः

Om Kurukṣetra-vīrāya Aravaṇāya Namaḥ

« Hommage à Aravan, le héros de Kurukshetra, qu’il protège et purifie ma voie. »

 COMORASSAMY Patrice ©

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4 réflexions sur “Aravan / அரவான் (Alvan)

  1. l’homme a 36 caracteres ,les 32 morço sont les caractere de lhomme humain que l’on doit abandoner pour pouvoir trouver la deesse pandialy lors de la marche sur le feu
    , les 4 autre caractere son dans la tete de alvan , 4 caractere essentiel pour pouvoir etre concentré lors de la marche sur le feu

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